ÔPeuple ! si tu crois qu’un obscur ouvrier/ Puisse servir tes droits sous l’humble tablier,/ Soumis au jugement de ton aréopage,/ Oui, Peuple souverain, je brigue ton suffrage », s’exclamait en vers le coutelier Ferdinand Parfu, candidat à la Constituante de 1848 dans le département de la Seine. L’ambition y était, l’enthousiasme aussi, mais un peu trop d’emphase a peut-être nui à sa candidature, qui échoua.
Tout aussi maladroite fut, au même scrutin, la profession de foi d’Alexandre Dumas, en Seine-et-Oise : « Voici mes titres : sans compter six ans d’éducation, quatre ans de notariat et sept années de bureaucratie, j’ai travaillé vingt ans à dix heures par jour, soit 73 000 heures. […] J’ai composé 400 volumes et 35 drames. […] Ces drames et livres, en moyenne, ont soldé le travail de 2 160 personnes. » Cette théorie du ruissellement avant la lettre n’emporta pas l’adhésion des électeurs, qui boudèrent ce candidat trop fier de lui.

« Pénétré de mon insuffisance, je n’aurais jamais prétendu à siéger parmi les représentants du peuple» Eugène Sue

Quand on sollicite les suffrages du peuple, mieux vaut faire profil bas, montrer au citoyen qu’on est proche de lui, son égal, voire son inférieur… « Pénétré de mon insuffisance, je n’aurais jamais prétendu à siéger parmi les représentants du peuple », déclarait plus habilement le romancier Eugène Sue, triomphalement élu lors de l’élection législative complémentaire du 28 avril 1850. Pour le reste, l’auteur des Mystères de Paris avait opté pour une profession de foi des plus simples : « Adhésion de cœur et d’âme à la forme et à l’esprit du Gouvernement républicain. Ferme volonté de réclamer, avec toutes ses conséquences sociales et politiques, l’application de cet immortel principe : Liberté, Égalité, Fraternité. »

C’est là une autre clef du succès : au lieu de multiplier les promesses oiseuses (cf. encadré), mieux vaut laisser rêver l’électeur en faisant campagne sur un texte vague qui ouvre toutes les portes sans engager à rien. « Même et surtout si le candidat croit devoir se tenir dans le domaine des banalités, il convient que le nerf et l’éclat du style rachètent la pauvreté voulue des idées », conseillait ainsi l’auteur anonyme qui, signant « Un ancien ministre », publiait en 1930 Tu seras député ou l’art d’être candidat, aux éditions Arthème Fayard.

«  Quant à toutes ces promesses dont on est si prodigue en période électorale, vous me permettez de m’en dispenser. Mes concurrents vous les ont toutes faites. C’est à moi que vous confierez le soin de les tenir ! »

Caricature antiparlementaire de la IIIe République . Marianne en marchande d’habits conseille un candidat hésitant entre plusieurs étiquettes.

Ni droite ni gauche

« Quant à toutes ces promesses dont on est si prodigue en période électorale, vous me permettez de m’en dispenser. Mes concurrents vous les ont toutes faites. C’est à moi que vous confierez le soin de les tenir ! » bottait en touche Emmanuel Arène dit U ré Manuelu, « le roi Emmanuel », inamovible député de la Corse de 1880 à 1904, puis sénateur jusqu’à sa mort en 1908. Comme d’autres, il savait l’électeur plus sensible à

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