Exposition « Pour le meilleur et pour l’Empire —Sur les pas de Napoléon Ier à la Monnaie de Paris »

Exposition du 17 septembre 2021 au 06 mars 2022 À LA MONNAIE DE PARIS • MUSÉE DE LA MONNAIE DE PARIS

Reportage de Jacques Eutrope, doctorat d’histoire,  pour Histoire Magazine.

En 2021, l’institution commémore le bicentenaire de la mort de cette grande figure de l’Histoire de France. La Monnaie de Paris propose une exposition pour éclairer les grandes étapes de la carrière politique de Bonaparte et Napoléon Ier, du Directoire à l’Empire, en passant par la construction de la « légende napoléonienne ».

La commissaire de l’exposition, Béatrice Coullaré*, a très gentiment accepté de répondre aux questions d’Histoire Magazine. Ses interventions vidéo permettent d’éclairer :

Le pourquoi de l’exposition :

Le fil conducteur de l’exposition :

PARCOURS DE L’EXPOSITION

400 œuvres à découvrir lors d’une déambulation

Les visiteurs sont invités « Sur les pas de Napoléon Ier », dans une déambulation sur tout le site de la Monnaie de Paris, lieu de la frappe monétaire depuis sa construction en 1775.

La figure emblématique de l’Aigle impériale et le chiffre de l’Empereur, présents dans le décor néo-classique du bâtiment, guident le visiteur dans le passé glorieux de l’institution à la pointe de la recherche dans le développement de nouvelles techniques de fabrication des monnaies et des médailles.

L’exposition est composée de 400 œuvres : monnaies et médailles, outillages monétaires et médaillistiques, mais aussi sculptures, peintures, dessins, objets d’arts décoratifs et documents d’archives. Elles sont issues des collections patrimoniales de la Monnaie de Paris et d’importantes collections publiques françaises : Musée du Louvre, Musée de l’armée, Musée Carnavalet, Institut de France, Fondation Napoléon, Musée du Château de Fontainebleau, Châteaux de Malmaison et Bois-Préau, Château de Versailles, Musée Thomas Henry de Cherbourg, Musée Denon de Chalon-sur-Saône, Archives du ministère des Finances. Les œuvres sont organisées en différents focus thématiques qui donnent à voir et à comprendre comment Napoléon Ier s’est appuyé sur les monnaies et les médailles, vecteurs de communication particulièrement efficace, pour édifier son pouvoir et sa gloire.

Béatrice Coullaré présente les temps forts de l’exposition :

L’histoire du franc germinal à la Monnaie de Paris

Après la Révolution, sous le Consulat, rétablir la confiance en une monnaie de qualité devient une priorité après des années de crise financière et de troubles politiques. En 1803, Bonaparte lance une réforme monétaire pour offrir aux citoyens un moyen de paiement fiable, stable et durable : le franc germinal, dont la valeur est invariable.

Pour le produire rapidement et en grande quantité, une course contre la montre s’organise, à laquelle contribuent de grands scientifiques, des inventeurs et des mécaniciens de génie. Ces derniers vont révolutionner le procédé de la frappe au balancier, en améliorant ses performances et ses cadences, tel Philippe Gengembre avec le balancier dit d’Austerlitz.

  • Béatrice Coullaré pointe ici toutes les qualités de la Monnaie qui sont des inédits présentés dans l’exposition :

Le franc germinal deviendra la monnaie de référence en Europe et en France, notamment, jusqu’en 1928. Le très connu Napoléon en or de 20 francs viendra compléter la gamme monétaire des pièces de 1 et 5 francs en argent.

 

L’effigie de Napoléon Bonaparte, une icône en construction

On aurait pu penser que les trois consuls, Bonaparte, Cambacérès et Lebrun, figurent sur cette nouvelle monnaie. Il n’en fut rien. Seule l’effigie de Bonaparte fut choisie comme image principale.

Ainsi, le pouvoir de Bonaparte s’affirma par la circulation de son profil et traça son avenir de futur Empereur des Français. Les monnaies et les médailles ont orchestré une véritable campagne de propagande autour de sa personnalité et au service de son ascension politique.

La thématique de l’effigie de Napoléon, qui évolue stylistiquement et symboliquement au fil des créations, est illustrée par une grande variété d’œuvres (poinçons, matrices, monnaies, médailles, sculptures, peintures, dessins et objets d’art…).

Buste colossal de Napoléon Ier,
Antonio Canova,
Marbre,
Monnaie de Paris — Photo Jean-Marc Martin
Dépôt du musée du Louvre
Département des sculptures
Collection Monnaie de Paris

Denon, un directeur artistique pour la Monnaie des Médailles

 

Pour mener sa campagne en Égypte, Napoléon Bonaparte emmena avec lui des savants et des artistes, parmi lesquels Dominique Vivant Denon. Graveur émérite, aventurier, diplomate, amateur d’art, Denon devint directeur de la Monnaie des Médailles en 1802 et jusqu’en 1815. Il s’entoura de la fine fleur des graveurs qui étaient, à l’époque, des sommités artistiques.

Il reprit la tradition de l’Histoire Métallique de Louis XIV et de ses successeurs, pour orchestrer la mise en scène de la propagande de Napoléon Ier par l’image. Par le biais de médailles — objets très populaires à l’époque — qu’on achetait, qu’on offrait en cadeau diplomatique, qu’on collectionnait, qu’on exposait chez soi, furent racontées les victoires et les grands actes de gouvernance de l’Empereur, comme la Bataille d’Austerlitz.

Dominique-Vivant Denon tenant une médaille
1804
par Jean-Baptiste Greuze
huile sur toile
musée Thomas Henry, Cherbourg-en-Cotentin
© Daniel Sohier
Poinçon de revers de la médaille. Conquête de la Haute Égypte 1798
Par André Galle
Gravure, acier
Collection Monnaie de Paris
© Monnaie de Paris

 

L’Aigle, une figure impériale et une marque d’autorité

Depuis l’Antiquité, l’Aigle est une figure forte et emblématique du pouvoir et se trouve fortement associée à Jupiter, dieu des dieux. Elle est aussi le symbole des légions romaines et fortement liée aux victoires militaires. Napoléon s’appropria la figure de l’Aigle souvent mise en scène dans des postures fières et guerrières, sur les monnaies et les médailles, pour incarner le pouvoir impérial.

Clé de chambellan au chiffre de Napoléon Ier, roi d’Italie,
vers 1804-1805
Par Martin-Guillaume Biennais
Vermeil, textile
© Fondation Napoléon/Patrice Maurin-Berthier

Mais l’Aigle n’est pas le seul symbole que Napoléon emprunta à l’Empire romain ; la couronne de laurier, dont il orne son effigie comme l’avaient fait avant lui les souverains d’Ancien Régime, devient-elle aussi l’un de ses attributs phare, symbole de victoire et d’immortalité.

Poinçon d’avers à l’effigie de Napoléon Ier, vers 1805-1810 par Jean-Pierre Droz
Collection Monnaie de Paris
© Monnaie de Paris

 

La Monnaie de Paris, un lieu au service de la diplomatie

Napoléon souhaita faire de Paris « la capitale de l’univers », une capitale culturelle et politique qui pourrait répondre à ses ambitions. La Monnaie de Paris fit partie intégrante de cette vision en tant que centre d’expression du pouvoir. Emblème de souveraineté, l’institution devint un lieu de passage obligé pour les souverains et leurs ambassadeurs.

Au cours de son règne, l’Empereur y reçut notamment le pape Pie VII en 1805, le roi et la reine de Bavière en 1810 et bien d’autres personnalités, curieuses d’y découvrir les ateliers, qui donnaient un aperçu des capacités techniques, scientifiques, industrielles et artistiques de l’institution. Ironie de l’histoire, le tsar Alexandre Ier, le roi de Prusse et l’empereur d’Autriche déambuleront dans ses couloirs en avril 1814 après la défaite et l’abdication de Napoléon Ier.

 

Médaille représentant Alexandre Ier empereur de toutes les Russies
1814
Par Bertrand Andrieu bronze
Frappe au balancier
Collection Monnaie de Paris
© Monnaie de Paris

La Légion d’honneur ou la création d’un nouvel ordre

Béatrice Coullaré, la commissaire de l’exposition, cerne dans cette vidéo les liens qui unissent la Monnaie de Paris et la Légion d’honneur :

Créé en 1802 par Bonaparte Premier Consul, l’insigne de la Légion d’honneur était destiné à récompenser les actes de bravoure civils et militaires des Français. Basée sur la méritocratie et remise des mains mêmes de l’Empereur, cette décoration connut, dès son origine, une aura exceptionnelle. Après la chute de Napoléon Ier et contre toute attente, l’ordre ne fut pas supprimé. L’ordre de la Légion d’honneur est un des nombreux héritages de Napoléon Ier ayant traversé les siècles. De nos jours, ces décorations sont fabriquées dans les ateliers de la Monnaie de Paris au cœur du VIe arrondissement.

Matrice de revers de la médaille Institution de la Légion d’honneur
1804
Par Louis Jaley
Collection Monnaie de Paris
© Monnaie de Paris

La légende et le souvenir napoléonien

Dans cette intervention Béatrice Coullaré développe le rôle de la Monnaie de Paris dans l’édification de la légende napoléonienne :

Le parcours se poursuit dans la salle Collectionneur où le visiteur est plongé dans l’univers nostalgique du souvenir et de la légende associés à la personne de Napoléon Ier.

Le roi Louis-Philippe, sous la Monarchie de Juillet, décréta en 1840 le « Retour des Cendres » de l’Empereur des Français à Paris. La Monnaie de Paris frappa et édita une série de médailles commémoratives pour immortaliser l’évènement. Napoléon III, sous le Second Empire, mit à l’honneur son héritage dynastique pour faire comprendre au monde qu’il était de son devoir politique de perpétuer la légende de son oncle, Napoléon Ier. En offrant à la Monnaie de Paris la console sur laquelle est présenté le médaillier italien de Napoléon Ier, Napoléon III montra bien son désir d’honorer sa mémoire.

REPÈRES CHRONOLOGIQUES

1798 | Campagne d’Égypte, le goût de Bonaparte pour les Sciences. Dominique Vivant Denon est du voyage.

18 janvier 1800 | Création de la Banque de France.

19 mai 1802 | Création de la Légion d’Honneur.

12 mars 1803 | Visite de Bonaparte à la Monnaie de Paris.

23 septembre 1803 | Denon est nommé directeur de la Monnaie des Médailles, l’atelier chargé de graver et frapper des médailles pour l’Histoire métallique de Napoléon Ier.

28 mars — 7 avril 1803 | Loi de création du franc germinal.

18 mai 1804 | Instauration du Premier Empire.

2 décembre 1805 | Victoire de Napoléon Ier à Austerlitz (fonte des canons pris aux Russes pour construire des balanciers).

1807 | Installation de la Monnaie des Médailles dans des dépendances de la rue Guénégaud attenante à l’Hôtel des Monnaies.

5 mai 1821 | Mort de Napoléon Ier à Sainte-Hélène.

*Commissaire de l’exposition : Béatrice Coullaré,

Responsable des Collections et de la Conservation au musée de la Monnaie de Paris et commissaire de l’exposition.

Béatrice Coullaré est docteure en histoire de l’art. Après treize années passées au département des Objets d’art du musée du Louvre, c’est en tant que spécialiste de l’art de la médaille qu’elle a rejoint le musée de la Monnaie de Paris en 2014, dont elle est la Responsable des Collections et de la Conservation.

Déléguée pour la France de la Fédération internationale de la médaille d’art (FIDEM), son goût pour la médaille contemporaine et sa promotion auprès des artistes et des amateurs rejoint son intérêt pour l’étude historique et technique des médailles de la Renaissance au XIXe siècle. Secrétaire générale de la Société d’études numismatiques et archéologiques (SENA) depuis 2020, c’est avec engagement qu’elle défend l’accessibilité de tous les publics à l’étude de la numismatique.

INFORMATIONS PRATIQUES

Du mardi au dimanche 11 h – 18 h

Nocturne tous les mercredis jusqu’à 21 h.

11 Quai de Conti, 75006 Paris

Un large choix de visites et d’activités est proposé tous les jours pour tous les publics

Information/réservation :

+33 1 40 46 57 57

billetterie@monnaiedeparis.fr

Métro Pont-Neuf La Monnaie

(Cette station est sur la rive droite — se rendre sur la rive gauche en traversant le Pont-Neuf)

CONFÉRENCES HORS LES MURS

Lundi 13 décembre, à 14 h

« NAPOLÉON Ier ET ALEXANDRE Ier DE RUSSIE OU LA CONFRONTATION DE DEUX VISIONS POLITIQUES »

Par Hélène Carrère d’Encausse Secrétaire perpétuel de l’Académie française

Les relations entre Napoléon Ier et Alexandre Ier de Russie est un sujet qui permet de comprendre les enjeux politiques et économiques de l’époque, ainsi que la place inédite de la Monnaie de Paris dans les relations diplomatiques franco-russes sous le Consulat et l’Empire. Le tsar de Toutes les Russies, Alexandre Ier, entra dans Paris à la tête des troupes alliées coalisées, et il vint à la Monnaie de Paris en avril 1814, suivant en cela l’exemple de son illustre prédécesseur Pierre le Grand. Des jetons en or et en argent frappés en son honneur à l’occasion de sa visite, ainsi que son portrait gravé en médaille par Bertrand Andrieu sont les témoins exceptionnels de ce passage.

Adresse : Institut de France, Auditorium André et Liliane Bettencourt, 3 rue Mazarine, 75 006

Paris Infos et réservation sur institutdefrance.fr

Lundi 29 novembre, à 18 h

« LE MÉTIER DE GRAVEUR EN MONNAIES ET MÉDAILLES SOUS LE PREMIER EMPIRE ET DE NOS JOURS, QUELS ENJEUX POUR LA MONNAIE DE PARIS ? »

Par Béatrice Coullaré, commissaire de l’exposition, et Joaquin Jimenez, Graveur général des Monnaies

De 1803 à 1815, les graveurs de la Monnaie de Paris, placés sous la direction de Dominique-Vivant Denon, développent une pratique artistique mise au service du pouvoir impérial. L’origine de ces graveurs et les grands temps forts de leur carrière, comme le concours du franc germinal de 1803, sont autant de sujets inédits qui seront présentés pendant cette conférence qui fera le lien avec le métier de graveur aujourd’hui. Face au défi que suscitent les nouvelles technologies, le métier de graveur reste une exception, associant gestes ancestraux aux innovations de demain pour transmettre et faire exister une discipline artistique d’excellence dont la formation est assurée par une seule institution en France, la Monnaie de Paris.

En partenariat avec la Fondation Napoléon

Accès gratuit sur réservation à : ce@napoleon.org

Adresse : Fondation Napoléon, 7 rue Geoffroy Saint-Hilaire, 75005 Paris

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